Septembre 1944, la victoire à portée de main ?

Fin août 1944, le général Eisenhower récolte les fruits d’une victoire difficilement gagnée. Il lui faut alors penser la suite de la campagne. Pour prendre ses décisions, il doit se sentir bien seul à la tête de subordonnés ne jouant pas la carte de la coopération. En face de lui, l’adversaire est ébranlé jusque dans ses fondements. Une telle opportunité stratégique se rencontre rarement, néanmoins toute situation, aussi avantageuse soit-elle, reste limitée par des contingences purement techniques.

Une rivalité exacerbée À la fin du mois d’août 1944, le haut commandement allié est en crise. Celle-ci trouve principalement ses origines dans les égos et les ambitions démesurées des acteurs. Leurs prises de position sont exacerbées par le contexte politique de l’heure.

Churchill traverse alors une crise politique de plus. L’Angleterre subit un nouveau Blitz. Cette fois encore, les pilotes de la RAF ont fort à faire. Ils luttent contre des robots, les fameuses V1 qui s’envolent par centaine des côtes de la Manche. Le Premier ministre a beau dire à la Chambre des Communes que la menace est identifiée depuis longtemps et qu’un plan pour contrer les missiles de croisière est préparé de longue date, il n’en demeure pas moins que Londres est de nouveau sous les bombes et que sa population doit une nouvelle fois trouver refuge dans les stations de métro. Il importe donc pour lui, même s’il se défend d’intervenir dans la bataille en cours, que les sites de lancement des bombes volantes soient mis hors d’état de nuire, que ce soit par une campagne de bombardement ou par une intervention des troupes au sol. Par ailleurs, il essaye sans succès d’imposer un autre lieu pour un second débarquement que le sud de la France à Eisenhower. Il aurait préféré la Dalmatie de manière à entrer en Autriche plus rapidement et ainsi éviter de voir tomber les pays de l’Est dans le giron soviétique.

Roosevelt, quant à lui, prépare sa réélection, ou du moins celle d’un autre candidat démocrate, et le peuple américain voit d’un très mauvais oeil la situation sur le front dans le nord de la France. Si la bataille de Normandie est dans ses derniers jours, les pertes dans le bocage ont été lourdes. D’un point de vue hiérarchique, les Boys sont tombés sous les ordres d’un général anglais controversé, un certain Montgomery. Ce dernier est en effet chargé de la coordination des troupes alliées dans la tête de pont. Or, la presse d’outre-Atlantique s’acharne contre son immobilisme apparent. Un correspondant de guerre célèbre écrit alors : Le principal reproche adressé par les critiques au général Sir Bernard Law Montgomery est qu’il veut jouer à coup sûr et, ce faisant, pousse la prudence jusqu’au vice. L’armée des U.S.A. a pratiqué de toute évidence la politique des moindres pertes en vies humaines.

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