L’attaque vers Bastogne stoppée nette !

La Panzer-Lehr-Division a pour mission de capturer Bastogne dès les premiers jours de l’offensive des Ardennes. L’échec qu’elle essuie devant la ville carrefour est pour beaucoup dans les difficultés rencontrées par la 5.Panzer Armee dans sa course à la Meuse. L’autopsie de cette phase de l’opération permet d’illustrer les nombreux facteurs qui ont conduit l’attaque allemande dans une impasse.

La Kampfgruppe von Poschinger doit attaquer en deux colonnes de marche. La I./902 avec la 5.Kompanie de la seconde Abteilung du régiment et une compagnie blindée attaquent vers Bastogne par la route directe. La II./902 attaque sur le flanc sud avec les 6. et la 7.Kompanien sans appui blindé depuis le château de Neffe vers Mont. Le château a été abandonné par les Américains à la tombée de la nuit, ce qui permet à la II./902 de monter à l’assaut en partant de l’édifice. Pour appuyer l’opération, l’artillerie allemande reçoit pour consignes de pilonner Mont, les hauteurs devant Bastogne et la Grand-Place de Bastogne. Entretemps, la Kampfgruppe 901 avec une partie des chars du Panzer-Regiment 130 attaquent au sud du KFG 902 en direction de Marvie, tandis qu’au nord la 26. VGD attaque Bastogne par le bois Jacques.
L’Obertleutnant Graf décrit sa tentative vers Mont : « À 19h00 précise notre artillerie ouvre le feu. Je suis en position avec la 6./902 sous les ordres du Leutnant Kircheis et ma 7./902 en position au château de Neffe. Nous marchons le long du fossé de la route en faisant le moins de bruit possible. La route est plus un chemin de campagne recouvert de neige fondante et n’est pas praticable pour nos véhicules blindés. Ça et là s’entrechoquent les gamelles et les étuis de masque à gaz. La Kampfgruppe de droite ouvre immédiatement le feu. Nous sommes confiants de réussir à mettre la main sur Mont. Mais à peine cent mètres avant Mont, les Américains nous découvrent. Des fusées éclairantes illuminent le terrain. Nous sommes en position le long du fossé qui est resté dans l’ombre. Malgré nos lancers de grenades à main et le feu de nos armes, l’attaque est paralysée par le feu nourri de l’ennemi provenant de mitrailleuses et d’armes individuelles depuis des positions bien camouflées. Les hommes ont été livrés au feu implacable de l’ennemi. Une mitrailleuse lourde de la Kampfgruppe I./902 nous offre un tir de protection qui nous permet de retourner très vite dans le fossé que nous venions de quitter. Cependant, les blessés gisent dans le champ devant nous et appellent les brancardiers. Quelques blessés légers parviennent également de nous joindre par leurs propres moyens ».

Sur la route de Bastogne, la I/902 appuyée par les engins du II/ Panzer-Lehr-Regiment 130 s’élance à partir de 19h00. Carl Stock décrit d’une manière vivante la peur qui étreint le ventre des Panzerschützen au moment de passer à l’action : « Au démarrage d’une telle attaque, une profonde angoisse nous saisit toujours. En roulant à travers Neffe, pour rejoindre le point de contact avec l’ennemi, je me suis résolument accroché aux poignées internes de la coupole, surtout pour ne pas montrer à mon équipage que mes mains tremblent de peur. Ma carotide se gonfle jusqu’à atteindre l’épaisseur d’un doigt. Nous avons tous eu la trouille, une fois engagé au combat, cette nervosité se calme un peu ».

Le premier Panther de la colonne est commandé par Willy Dette, il explique le premier acte de la tragédie vécue par les Panzergrenadiers : « Au moment où nous avons reçu l’ordre d’attaque, je commande le char de tête de notre colonne de vingt Panther. À cause du chapelet de mines placé par nos pionniers pour barrer la route vers Bastogne, j’ai dû me faire accompagner par six soldats du génie qui marchent du côté droit de mon char. Dans l’obscurité, il est extrêmement difficile de reconnaître des objets sur la route étant donné que notre Notek ne projette qu’une très faible lueur à peine suffisante pour l’orientation du conducteur. Notre char a naturellement attiré directement un grêle de projectiles et stressé le conducteur du char qui s’avance trop loin. Il touche avec sa chenille droite une de nos propres mines. » L’explosion des mines se fait en chapelet, quand l’une explose les autres sont également actionnées. Elles ne laissent que peu de chance aux soldats qui accompagnent l’engin. La chenille droite coupée, la machine devient impossible à diriger. Dette poursuit son récit : « Le char tire immédiatement vers la droite, écrasant les pionniers qui n’ont pas survécu à l’explosion de la mine. Très lentement, j’ai reculé mon char sur une chenille. Le train de roulement à droite est guidé par le fossé jusqu’à ce que nous butions de l’arrière contre la première maison de Neffe. Nous abandonnons le char immobilisé en nous précipitant vers la porte d’entrée de la ferme. Là, des infirmiers veulent me traiter en priorité à cause de mon bras droit manquant, perdu en Afrique deux années auparavant. Ceux qui souffrent de brûlures sont traités avec du lait que les fermiers belges nous apportent. Je n’ai jamais oublié ce geste humanitaire envers nous, l’ennemi ».

L’attaque est commandée par Poschinger. S’il arrive à faire passer ses engins à travers le maigre rideau de Para US, il peut encore faire tomber Bastogne dans l’escarcelle de la PLD : « Le 19 décembre, nous avons enfin obtenu vers 19h00 l’ordre d’attaque pour forcer notre passage vers Bastogne. Suivant les instructions, nous devons avancer jusqu’à la place du carré au centre-ville, puis chaque blindé devra sécuriser une des routes de sortie pendant la nuit jusqu’au matin. L’attaque est coordonnée avec des grenadiers montés sur nos chars pour nous accompagner jusqu’au contact avec l’ennemi, où ils devront dégager pour nettoyer les alentours. Lors du lancement de l’attaque, mon char est le douzième Panther de la colonne et se trouve à côté de la chapelle de Neffe. En tête se trouve le char du Feldwebel Willy Dette. Soudain, un ouragan d’artillerie s’abat sur nous, causant parmi les grenadiers surpris un terrible carnage. Au même moment, j’apprends par message radio que le Panther de Dette a été immobilisé par une mine et que le blindé de l’Oberfeldwebel Kilian a été mis hors combat par un char ennemi. Leurs chars obstrueraient maintenant la route et il serait impossible de les dégager à cause du feu intensif de l’ennemi. L’attaque est complètement paralysée ! À notre droite se trouve un talus et à gauche la pente descend vers un ruisseau entouré de marécages, il est donc impossible de quitter la route. Pour se protéger de la grêle d’éclats, les grenadiers ont quitté le dessus des chars pour s’abriter entre et en dessous des mastodontes d’acier. Malheureusement, dans ce chaos total, beaucoup de soldats ont été écrasés par les manœuvres de recul abruptes et donc imprévisibles de nos propres chars. Malgré le fait que notre écoutille est fermée à cause de la pluie d’éclats qui s’abat sur nous, nous entendons les cris et les gémissements des grenadiers déchiquetés par nos chenilles lors de notre marche en arrière. L’attaque s’enlise et dans l’obscurité, il est impossible de discerner ennemi et ami. Finalement, j’ai pu installer notre char près de l’église dont les murs épais offrent une certaine protection vis-à-vis de l’angle de tir de l’artillerie ennemi. Cependant le croisement à côté semble attirer la majeure partie du pilonnage. Je me rappelle encore bien que la ferme à notre droite a été embrasée et que des soldats allemands ont aidé les civils à évacuer les bâtisses devenues la proie des flammes. Nous avons beaucoup de grenadiers blessés par les éclats. L’infirmerie à la sortie de Neffe vers Mageret est dépassée. De partout affluent des blessés graves. C’est l’horreur pure ! »

Au cours de cet ouragan de feu, le général Bayerlein arrive à Neffe pour rejoindre le poste de commandement avancé. Il est blessé à son tour et doit être évacué vers l’hôpital de fortune à Mageret. Privée de son chef, étrillée lors de l’attaque de la soirée du 19 décembre, la Panzer-Lehr-Division, une des unités d’élite du III. Reich échoue à trois kilomètres de Bastogne.

La priorité de la PLD étant l’avance rapide vers la Meuse sans s’attarder devant Bastogne assiégée, la KFG 902 se retire du secteur de Neffe pendant la nuit du 21 au 22 décembre. Pendant que le gros de la PLD poursuit son avance vers St Hubert, Bayerlein est contraint d’avancer sans sa meilleure unité, la KFG 901 qui reste en dehors de la division et est affectée au siège de Bastogne jusqu’au 7 janvier 45.

Cet éparpillement répété de sa division est une des principales raisons de son manque de puissance entrainant de multiples retards. En outre, Bayerlein déplore le commandement trop hésitant du Panzer-Korps qu’il rend responsable de l’éparpillement désastreux de la PLD et le manque de coordination avec la 5.FJD chargée de protéger son flanc sud exposé.

Bayerlein a fortement regretté que le général von Manteuffel ne se rallie pas à sa demande, appuyée par le XLVII Panzer-Korps, de lancer directement après le 21 décembre une attaque massive et concentrée avec trois divisions contre Bastogne. Face à une poussée de cette puissance, Bastogne n’aurait eu que peu de chance de résister.

Outre la pénurie de carburant quasi permanente, la cause principale de l’échec de cette infortune est à rechercher dans les retards occasionnés par la résistance pugnace des soldats américains qui se sont sacrifiés pour gagner l’une des ressources les plus précieuses de la guerre : du temps !

Extrait de : F. Rockenbrod1944 – Bastogne : à la veille du choc !, p.p. 126 à 129, décembre 2018.

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