Il y a 75 ans, la Brigade Piron en campagne de Normandie

Toujours en pointe, la brigade Piron va libérer toute la côte fleurie : Villers-sur-Mer, Deauville, Honfleur… Le 21 août, c’est à Cabourg et Auberville que nous la retrouvons, prise dans une embuscade meurtrière.

Cabourg

La première Motor Unit est en tête de la progression. Elle trouve la ville inoccupée par l’adversaire. Pierre Dufrane raconte : « Vers 5 heures du matin, après avoir reçu un bon ravitaillement, nous reprenons la route et en colonne par un, première, deuxième, troisième sections, nous marchons vers Cabourg, une autre plage normande très à la mode avant-guerre, même si je dois dire qu’à ce moment, les estivants étaient assez rares, autant dire absents…

Nous traversons Cabourg, désert, et arrivons devant la Dives, un petit fleuve qui se jette dans la mer à quelques centaines de mètres de nous. Le pont a sauté, comme il se doit, et l’ordre nous est donné de passer ; pas de génie dans les environs, mais j’aperçois néanmoins une barque sur l’autre rive. Hélas, la marée est basse et seul coule un filet d’eau dans une étendue de vase noire… Enfin, n’y aura-t-il personne pour se dévouer ? “Zut, j’y vais, on verra bien ! Cela va…” Non en fait, pas trop, car avant d’atteindre le milieu, j’enfonce déjà jusqu’à mi-corps. Il était temps de me jeter une corde que je réussis à attraper, sinon je n’écrirais pas ces lignes aujourd’hui ! Bientôt, quelques pontonniers sont à pied d’œuvre et commencent à se mettre sérieusement au travail. […] Il est environ 7h – 7h30 du soir lorsque la passerelle est établie. En queue de peloton, nous passons la Dives et montons vers Houlgate, autre ville balnéaire où, pour le moment, retentissent des coups de feu et des explosions de grenades ; la route monte très fort, nous transpirons. Nous sommes fatigués, mais il faut tenir ; d’autres que nous, tout aussi fatigués, sont en ce moment au combat, et eux ne sentent plus la fatigue… »

[…] Le colonel Piron installe son PC avancé à Cabourg et il envoie les trois pelotons de la 2e compagnie jusque dans la ville. La première compagnie, quant à elle, a traversé Houlgate et avance vers Auberville. En début de soirée, elle arrive en face de résistances ennemies dans les vergers à l’ouest du carrefour d’Auberville. Guidée par la résistance française, la Scout Section opère ses reconnaissances. […] L’avance de la journée a été bonne. Le First Belgian Group reçoit un message du général Galle, commandant la 6th Airborne Division à laquelle l’unité de Piron est attachée : « Congratulation on your advance ». De la part de ce soldat d’élite, le laconique message vaut toutes les médailles.

Le drame d’Auberville

La première Motor Unit estime la résistance ennemie à Auberville à environ une compagnie. Les Allemands se sont accrochés sur les hauteurs dans des Pill Boxes, avec armes automatiques et canons de 88 mm. Vers 23 heures, peu après le début des combats, une section complète est anéantie en tombant dans une embuscade. […] Le témoin le plus proche est André Divry. Il est tireur d’élite à la deuxième section du cinquième peloton de la première unité motorisée. […] « De ma position, en regardant vers la gauche, je vois la section, qui avait pris à gauche du carrefour, venir se déployer en tirailleur dans un des vergers qui se trouve à gauche de la route. Je remarque aussi que Joseph Defawe et Charles Gilsoul passent la clôture pour revenir sur le chemin qui est encaissé. Vu le vallonnement du terrain, ils disparaissent de ma vue. Et le combat s’engage, Bren, Sten, Spandau 34, grenades…

Je regarde vers l’arrière à droite, je vois trois boches venant dans ma direction. Veulent-ils rejoindre leur position ou nous prennent-ils à revers ? Question sans réponse… Ils sont morts !
Cela tire toujours sur ma gauche. Notre Bren s’arrête après quelques instants, reprend son tir, s’arrête à nouveau pour recommencer à tirer. J’entends quelqu’un qui pleure et appelle…

Cela tire à environ deux cents mètres devant moi, Bren, grenades, MG34. J’ignore ce qui se passe, mais ça crache. Du côté de notre section, la bagarre diminue.

Regardant vers la gauche, j’aperçois trois militaires sur la route. L’un est recouvert d’une cape blanche avec une croix rouge sur le dos et sur la poitrine. Il tenait à bout de bras le Christ ; c’était notre aumônier, qui sera blessé au cours de l’action, il était accompagné de Louis Debrouwer et Willem Romanus, nos brancardiers. Des héros, messieurs, des héros ! Car cela tire toujours. Ils vont pour donner l’extrême-onction et éventuellement soigner des blessés. Ils ramènent Jean-Baptiste De Broeck, très grièvement touché à la face, l’épaule et la partie du côté droit de la poitrine. Il sera transporté vers Houlgate sur un tombereau tiré par un cheval. Il décédera quelques instants plus tard.
Vers trois heures arrive un peloton d’assaut dont faisait partie Henri Drion ; celui-ci m’a demandé ce qui s’était passé. […]»

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