De la terreur à la Lune : récupération d’une technologie nazie

Il y a 50 ans, l’Homme faisait ses premiers pas sur la Lune. Nous avons tous en tête les images de Neil Armstrong et du drapeau américain planté sur le sol lunaire. Mais qui connait l’Histoire cachée derrière la course à l’espace ?

De la préparation des terribles armes V au programme Apollo, Hugues Wenkin retrace cette incroyable histoire dans ses multiples facettes : de l’ascension d’un jeune savant à la mise en place de la campagne de représailles massives, des luttes intestines entre les Alliés pour récupérer les acquis scientifiques nazis aux premiers pas de la conquête spatiale.

« Depuis que l’homme marche sur ses deux pieds, sa volonté de faire la guerre est à l’origine des plus grands progrès qu’il a réalisés. Le bronze et le fer ont d’abord servi à fabriquer des armes. Dompter les chevaux a permis aux soldats de se déplacer plus vite que leurs adversaires. L’aéronautique a connu ses plus grandes avancées pendant les deux conflits mondiaux. La mécanique, la médecine, la psychologie, la physique sont autant de sciences dont les limites ont été repoussées par les investissements colossaux consentis pour développer une arme meilleure que celle de l’adversaire…

Ainsi, la Seconde Guerre mondiale a vu de remarquables avancées technologiques, qui ont fortement influencé le cours des événements : radar, ordinateurs de déchiffrage, bombes atomiques… Parmi celles-ci, les Vergeltungswaffen, les armes de représailles, constituent un titre générique inventé par la propagande du docteur Goebbels pour désigner un ensemble de matériels divers capables de vectoriser des charges militaires à longue portée, dans le but de frapper, une fois de plus, le cœur de l’irréductible population britannique, mis hors de portée par les défaites successives de la Luftwaffe lors des premières années du conflit.

L’histoire de ces armes terrifiantes commence pourtant par le rêve fou de quelques amateurs allemands voulant redorer l’aura de leur pays vaincu en 1918, par le biais très pacifique de la conquête scientifique. Parmi eux, il y a un jeune homme : Wernher von Braun. C’est le génie de cet homme et sa persévérance qui vont permettre à l’Allemagne nazie de disposer d’une avancée technologique sans précédent dans le domaine des missiles balistiques. C’est encore lui qui va transmettre ce savoir-faire à l’Oncle Sam pour lui permettre de gagner la course à la Lune, il y a cinquante ans, non sans avoir au passage été un acteur clé d’un équilibre nucléaire capable de ravager la Terre plusieurs fois.

Le monde a encore en mémoire l’incroyable affrontement médiatique qu’a été la compétition spatiale entre les États-Unis et l’URSS. On pourrait croire qu’il est le premier du genre. Force est de constater que Khrouchtchev et Kennedy n’ont pas été les premiers à s’affronter sur ce terrain. En 1944, c’est le docteur Goebbels et le Premier ministre britannique qui les premiers s’opposent par les discours pour gagner la guerre de la communication. La face visible à l’époque est constituée par les joutes des deux orateurs pugilistes et les explosions qui frappent Londres à toute heure du jour ou de la nuit. Une ambiance de fin du monde propre à frapper les imaginations, au point qu’elle influencera considérablement la culture populaire de l’après-guerre.

La face cachée de cette lutte, quant à elle, révèle bien d’autres choses : une guerre subtile du renseignement, où les Britanniques sont les maîtres incontestés. Leur ruse et leur habileté dans le domaine ne leur font gagner que du temps, en leur permettant de frapper le plus précisément possible pour retarder les inéluctables progrès allemands. C’est une bataille où tous les coups sont permis, où les pires choses sont envisagées, même le retour à la guerre chimique.

Les décisions ne se prennent pas à l’aune de la moralité et de l’éthique, mais comme dans toute guerre totale, en n’envisageant que les avantages obtenus par la létalité des coups portés à l’adversaire. L’enjeu est alors bien plus désespéré qu’une course à l’espace pour gagner les cœurs et les esprits. Il est le cadre d’une lutte à mort dont l’objectif n’est pas simplement de tuer, mais de briser le moral des populations en guerre. D’un côté comme de l’autre, les civils, quels que soient leur âge, leur sexe ou leur fonction, sont avant tout des cibles dans l’autre camp et le seul facteur humain pris en compte n’est finalement que l’impact sur le moral de la population ennemie que les belligérants veulent ébranler.

Le terme Vergeltung, appelant l’idée d’une réponse vengeresse à une agression, est symptomatique. Il a été choisi d’une manière matamoresque pour frapper les imaginations des populations : rassurer celle d’un Reich se voulant millénaire et terroriser celle de l’adversaire. Avec une telle arme associée à une bombe nucléaire, la guerre va devenir impossible, faisant évoluer à la baisse l’échelle des conflits, libérant l’humanité de la guerre à haute intensité pour l’enfermer dans le précaire équilibre de la terreur.

C’est cette histoire, partie, semble-t-il, des meilleures intentions du monde, que je propose de vous conter au fil des pages de ce livre. »

Hugues Wenkin

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